Pro Tem is the Bilingual Newspaper of Glendon College. Founded in 1962, it is York University’s oldest student-run publication, and Ontario’s first bilingual newspaper. All content is produced and edited by students, for students.

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Pro Tem est le journal bilingue du Collège Glendon. Ayant été fondé en 1962, nous sommes la publication la plus ancienne de l’Université York ainsi que le premier journal bilingue en Ontario. Tout le contenu est produit et édité par les étudiants, pour les étudiants.

Café Turc

Café Turc

La jeune serveuse, une fausse blonde, me demande : « Vous avez fait votre choix? ». Elle a l’air impatiente et indifférente à la fois.
— Juste un café, lui dis-je. Noir. Sans crème.
— Juste un seul?
Je regarde la chaise vide devant moi. Tante Didi est en retard. Ou elle ne viendra même pas.
— Oui, pour l’instant. Merci.
La serveuse s’en va sans dire un mot.
Je reste seul avec mes pensées encore. C’est facile; le café est sans vie (à l’exception de la présence de la jeune serveuse). Je regarde autour de moi. Un côté du café a un mur en brique marron tandis que les autres murs sont recouverts de stuc camel. Il y a des rideaux de différents couleurs, styles, et textures, allongés sur les murs et canapés. Les meubles sont différents aussi; il y a des chaises fabriquées en bois, en acier ou en cuivre, tandis que les tables sont circulaires ou rectangulaires. À droite, il y a une vitrine réfrigérée où se trouvent des milliers de pâtisseries. Gâteau opéra, dacquoise aux noisettes, tarte au chocolat... tout a été rangé en haut de la plate-forme de glace. À côté de la vitrine, des tasses de couleurs variées se trouvaient près de la machine à espresso.
Je sors mon téléphone de ma poche. Il est 11 h 37.
« Si elle ne vient pas dans cinq minutes, tu t’en vas. » Sauf que c’est un mensonge. Je ne partirai pas. Je n’abandonnerai pas tante Didi. Même si elle m’a abandonné.
Je trouve bizarre qu’on puisse avoir des relations plutôt froides avec nos proches, sans préavis. C’est comme si l’arbre familial qui a été planté, autrefois fort et abondant en feuilles et fleurs colorées, est devenu fané.
Qu’est-ce qui a pu empoisonner l’arbre? C’est ce que j’essaie de comprendre aujourd’hui. Qui a empoisonné tante Didi? Et pourquoi agit-elle comme si je l’avais empoisonnée?
Nous ne nous sommes pas parlé depuis un an. Jamais je n’aurais pensé que nos interactions se réduiraient à des regards vides et au silence. C’est étonnant comme notre relation a changé d’un jour à l’autre. Tante Didi était auparavant comme ma deuxième mère. Je me sentais comme si ma propre mère m’ignorait.
J’ai crié, j’ai pleuré… j’ai fait tout ce que j’ai pu pour attirer son attention. Ces cris sont évidemment tombés dans l’oreille d’un sourd.
En songeant à tout cela, la porte s’ouvre soudain et tante Didi entre.
Chaque fois qu’elle pénètre une salle, elle est essoufflée et des mèches noires et bouclées lui collent au cou et au visage. Quand nos regards se croisent, je me demande comment la douleur et l’arrogance peuvent exister en même temps à travers ses yeux.
Elle marche lentement vers la table, sans dire un mot. Je me rends compte qu’elle a l’air différente. Sa peau semble plus pâle qu’avant et ses joues semblent creuses. Même sa façon de marcher est différente.
— Le café a l’air insipide…
Peut-être qu’elle n’a pas changé tant que ça.
— Bonjour, Didi, ça va?
— Ça va.
Silence.
Ça commence bien.
— As-tu conduit? J’ai vu que les routes n’étaient pas encore dégagées.
Elle ne répond pas et lit le menu, moqueuse.
— Quoi?
— Ils n’ont pas de café turc. Que dois-je commander? Un café régulier?
La jeune serveuse revient.
— Bonne journée, que–
— Café turc avec deux morceaux de sucre, s’il vous plait.
— Hein?
Elle dévisage la jeune serveuse.
Je prie en silence pour la jeune fille.
— Quand on s’adresse à une personne aînée, on ne dit pas « hein », on dit « pardon ». Et j’ai dit que je voulais une tasse de café turc avec deux morceaux de sucre, s’il vous plait.
Je peux voir le choc et la peur dans le visage de la jeune serveuse.
— Mais on ne sert pas de café turc…
— Pourquoi?
Encore un silence.
Les larmes aux yeux, la jeune serveuse ouvraient sa bouche pour parler, mais rien ne sort.
— Didi, ce n’est pas grave, lui dis-je. Il y a d’autres options–
— Je ne vous ai pas demandé d’intervenir.
« Vous »? Didi me vouvoie?
Ma vision devient floue. Lentement, des larmes ruissellent sur mon visage, le genre de larmes qui viennent lorsque le cœur se brise. J’ai l’impression que tante Didi m’a poignardée dans l’abdomen.
On dit que vouvoyer quelqu’un est un signe de respect.
Mais je sens autre chose que du respect ce jour-là.
Je me sens seul encore une fois.
C’est ce mot « vous » qui m’oblige à me lever de mon siège et de dire « adieu » à tante Didi.
Didi et la serveuse se tournent vers moi.
— Vraiment? Tu m’abandonnes maintenant?
Ça me fait rire que c’est maintenant à moi d’abandonner tante Didi.
Sans dire un mot, je laisse de l’argent et un pourboire sur la table.
Je m’en vais tandis que tante Didi me regarde d’un air fâché et triste à la fois.

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