La comédie musicale Heathers : adolescents complexés, émotions déchaînées

Photo: Glendon Theatre

Photo: Glendon Theatre

Cet hiver, les Productions Cœur de Lion ont mis en scène la comédie musicale Heathers, l’adaptation théâtrale du film écrit par Daniel Waters. Mise en scène par Pascale Lachance, mais fondamentalement issue d’une collaboration entre plusieurs des comédiens et d’autres membres du Théâtre Glendon, la pièce a présenté l’expérience de l’école secondaire du point de vue de divers personnages types, ainsi que leurs réactions respectives face au meurtre de plusieurs de leurs camarades, présentés comme des actes de suicide. Ce sont des thèmes angoissants et controversés, mais tout de même très présents de nos jours.

Le décor était simple: trois blocs et une affiche annonçant l’évènement le plus attendu de l’année. Vu que les lieux de l’histoire se déroulaient tous au même endroit, l’éclairage seul permettait de distinguer les changements quelquefois brusques d’ambiance. L’éclairage vert, rouge et jaune au début de la pièce mettait en évidence le caractère « voyant » et exclusif des trois Heathers, tandis que l’éclairage sombre soulignait le côté obscur et imprévisible du malfaiteur, J.D.

Par ailleurs, le projecteur éclairait la protagoniste de la pièce, Veronica Sawyer, à chacune de ses tirades, permettant aux spectateurs de pénétrer ses plus intimes pensées et de faire partie, pour ainsi dire, de l’histoire. La mise en scène minimaliste a véritablement donné de la place aux personnages, car, en effet, ce sont leurs vies et leurs sentiments qui importent le plus dans toute cette histoire.

Les comédiens ont tous donné de la couleur et de la vie à leurs personnages. La pièce Heathers n’a pas uniquement privilégié le point de vue d’un ou deux personnages principaux, mais également celui des personnages secondaires. Les comédiens se sont successivement démarqués dans leur rôle respectif d’adolescente ordinaire, de fille vénérée par tous mais profondément malheureuse, de brute sportive, de réprouvé et d’incorrigible romantique.

Skye Rutherford, qui a incarné le rôle de l’héroïne de la pièce, a su transmettre aux spectateurs ses mille et une inquiétudes avec vigueur. Meghan Williams a interprété à merveille le rôle de Heather Duke, l’impitoyable boulimique qui finit par prendre la place de la Heather principale quand cette dernière meurt, empoisonnée par J.D. et Veronica. Nonobstant la démarche confiante de son personnage et sa tendance à dénigrer les autres, le jeu de Williams a astucieusement dévoilé la crue réalité: elle ne diffère pas tant que ça des élèves qu’elle essaie de rabaisser car, comme eux, la peur d’être rejetée par les autres ronge peu à peu sa conscience.

Le répertoire de chansons tantôt sobres, tantôt comiques et quelque peu grossières, a d’une part renforcé la puissance des idées et des thèmes, et d’autre part appuyé le caractère satirique et comique de la pièce. De plus, quelques chansons, ainsi que quelques scènes de la pièce, ont contribué à banaliser en quelque sorte le tabou qu’est la sexualité. « Je dois avouer que je ne m'attendais absolument pas à ce que la comédie musicale Heathers soit aussi lascive », affirme Emilia Nowicki, étudiante à Glendon. Nowicki ajoute: « Les tournures satiriques des diverses situations controversées m'ont beaucoup impressionnée et j’ai énormément ri. » Effectivement, certaines chansons, telles que « I love my dead gay son » (j’adore mon fils homosexuel décédé), ont détendu l’atmosphère et établi un équilibre entre les moments humoristiques et les moments un peu moins faciles à digérer.

Heathers est une comédie musicale à la fois noire, satirique et comique, qui met en scène les problématiques contemporaines ancrées dans la réalité de l’école secondaire, des relations amoureuses et platoniques nocives, de la sexualité ainsi que du suicide. Les Productions Cœur de Lion ont ainsi bien livré leur marchandise. Ils ont monté une pièce qui a fait à la fois rire et pleurer, oscillant entre le troublant et l’hilarant; une pièce qui présente la vie telle quelle et non telle qu’elle devrait être