La francophonie plurielle: une réalité canadienne

cr: wikipedia commons

cr: wikipedia commons

Glendon jouit d’un mélange tout à fait hétérogène d’étudiants et de membres du personnel anglophones, francophones, hispanophones, et venant des quatre coins du monde. Situé au sein d’une métropole, d’une province et d’un pays vastement anglophone, Glendon se démarque de par son emphase sur le bilinguisme et sur la francophonie. Cette dernière y est mise en valeur, perçue à juste titre comme un avantage pour les étudiants et non pas comme un fardeau. Mais au-delà des murs de ce havre, le concept malgré tout complexe de la « francophonie » canadienne et mondiale demeure flou, mystérieux, et ce pour de nombreuses personnes non seulement non-francophones, mais également pour celles venant de France et du Québec. En effet, plusieurs québécois et français perçoivent les canadiens francophones venant d’autres parties du Canada de manière limitée et erronée.

Le français est une des langues les plus parlées dans le monde; notamment, en Europe, en Afrique, en Amérique du Nord et dans les Caraïbes. Modulé par la vaste richesse culturelle de chaque pays francophone, le français joue le rôle clé d’unir les différentes nations francophones. De là, l’idée de « francophonie ». Selon une étude menée en 2011 par Statistiques Canada, le Canada comptait 1 067 000 personnes ayant déclaré le français comme langue maternelle à l’extérieur du Québec. Effectivement, les communautés francophones néo-québécoises sont dispersées un peu partout dans les provinces et territoires et non pas uniquement au Québec. Quoique plusieurs des personnes possèdent des origines québécoises, nombreux sont ceux qui s’assument pleinement en tant que franco-ontariens, franco-manitobains, acadiens, ou autres types de francophones.

Malgré tout, la perception qu’ont les québécois et les francophones d’Europe des franco-canadiens n’est pas toujours favorable. De ce fait, de nombreuses personnes ignorent qu’il existe des francophones canadiens ailleurs qu’au Québec, voire même, que la fête de la Saint-Jean Baptiste, le 24 juin, est en réalité la fête de tous les francophones au Canada. Or, le fait que l’on vienne du Canada anglais n’empêche pas que l’on puisse communiquer en français, ni que l’on soit francophone à proprement parler. De même, et ce plutôt en ce qui a trait aux interactions entre les francophones canadiens et les francophones européens, le Canada français ne se limite aucunement à la province du Québec. En tant que québécois, francophones, mais également en tant qu’individus étudiant la langue française, il est crucial de reconnaître cette importante distinction, qui établit une différence mais non pas une barrière entre les francophonies distinctes et unies à la fois.

On peut également se pencher sur la présence de la francophonie à l’école, et l’éducation francophone comme instrument de connaissance ou, au contraire, d’ignorance. Dans les écoles élémentaires et secondaires ontariennes de langue française, les élèves sont immergés et instruits sur les différentes francophonies tout au long de leur scolarité. Les enseignants viennent le plus souvent de parties différentes du monde francophone. À Toronto, le multiculturalisme joue un rôle impératif dans l’éducation francophone et bilingue des élèves étudiant le français comme langue première mais aussi comme langue seconde. Que les élèves parlent ou non en français à la maison, les influences multiples d’accents et d’expressions employées par les enseignants et les élèves façonnent leur manière de s’exprimer, et ils créent en quelque sorte leur propre français.

De même, l’éducation francophone en Ontario assure la transmission par l’enseignement de divers moyens d’adopter une identité francophone ou francophile, dans un milieu non-homogène où le fait d’employer un français québécois, belge, ou simplement un français différent du sien, constitue une norme. La différence faisant l’union, elle est célébrée de façon systématique. Les élèves sont amenés à s’accepter les uns les autres au niveau de leur façon de s’exprimer. Même dans les écoles ontariennes de langue anglaise, l’influence du français est nettement variée, et de manière générale, les élèves apprenant le français possèdent une ouverture d’esprit face à la francophonie. Loin d’être parfait, l’enseignement du français dans les écoles francophones comme dans les écoles d’immersion constitue pourtant un enseignement varié et inclusif. L’intolérance ou l’ignorance linguistique n’est guère bienvenue dans un tel système.

Certes, la francophonie englobe d’innombrables cultures et pays, dont on ne peut pas forcément retenir chaque minuscule caractéristique. Cependant, il n’est pas impossible de s’interroger sur les diverses dimensions de cette conception langagière, sur ce qu’elle implique véritablement pour les individus qu’elle regroupe ou s’évertue à regrouper. Les francophones du Canada hors Québec possèdent bel et bien leur propre voix, que l’on doit dissocier, dans une certaine mesure, de celle des québécois et des français, sans toutefois oublier qu’ils font partie comme eux du riche patrimoine unifié de la francophonie mondiale.