La sous-représentation des femmes dans l’industrie musicale

cr: Pitchfork

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Lors de la 60ème cérémonie des Grammy Awards le 28 janvier, les invités ont été encouragés à porter des roses blanches en solidarité avec le mouvement #MeToo. Ce geste était destiné à illustrer le soutien des femmes au sein de l’industrie de la musique, mais cette idée s'estompe plus vite que les fleurs sur tant de revers, puis que Grammy après Grammy a été attribué aux hommes. Alessia Cara, la gagnante de la catégorie du meilleur nouvel artiste, est la seule musicienne à remporter un prix solo; en tout, seulement 11 sur les 84 prix de la soirée ont été remportés par des femmes.

La situation est devenue de plus en plus préoccupante lorsque le président de la « Recording Academy », Neil Portnow, a terminé la soirée en déclarant aux journalistes que les femmes devaient « passer à la vitesse supérieure » (en anglais: set up). Cela a suivi un reportage de Variety qui affirmait que les organisateurs de la cérémonie ont refusé d’offrir un créneau de performance à Lorde, la seule femme nominée pour le meilleur album de l'année. La blogosphère a rapidement critiqué Portnow pour ses commentaires, ainsi que les Grammys pour l’exclusion significative des femmes lors de la cérémonie.

La pénurie de femmes parmi les gagnants des Grammys ne devrait pas surprendre : seulement 9,3% des nominés au cours des cinq dernières années ont été des femmes. Le déséquilibre ne se limite pas aux prix dans cette industrie, et n’est pas quelque chose de nouveau. Cette situation a très peu changé au cours des années et va encore prendre du temps pour s’améliorer. Comme le démontre la liste croissante d'hommes puissants qui ont quitté leurs postes à la suite d'allégations variant du harcèlement sexuel au viol—par exemple Charlie Walk et Russell Simmons—l'industrie est bouleversée par la misogynie institutionnalisée bien au-delà du déséquilibre apparent lors de la plus grande nuit de la musique de l’année.

Le déséquilibre de l'industrie musicale s'auto-perpétue. Le manque de cadres féminins dans les rangs supérieurs des maisons de disques, des promoteurs de concerts et d'autres ensembles musicaux entraîne des biais implicites et explicites dans l'embauche et la promotion. Pour que les choses changent, l'industrie de la musique doit trouver un moyen d'interrompre le cycle du « business as usual ».

Il y a cependant quelques signes d'espoir pour l'industrie de la musique en ce qui concerne l'inclusion, du moins pour certains groupes. Au cours des deux dernières années, la moitié des femmes qui ont publié des chansons populaires étaient de races non-blanches. C'est une grande amélioration par rapport au niveau de représentation à Hollywood et dans d'autres industries créatives. Nous ne voyons pas les autres secteurs culturels et artistiques appuyer et inclure les femmes de couleur autant que dans le secteur de musique. Bien qu'il y ait beaucoup de travail à faire sur l’égalité des genres en musique, les femmes et les hommes de couleur ont une meilleure représentation dans ce secteur vis-à-vis aux autres types de médias.

La présence des groupes sous-représentés dans les médias encourage les jeunes qui font parti de ces groupes à garder espoir. En voyant leur reflet chez les musiciens et les acteurs influents, les artistes et les compositeurs, les agents, les gérants et les avocats, plus les membres des groupes sous-représentés auront plus d’espoir s’ils veulent faire carrière dans les arts. En somme, on voit qu’il continue d’être difficile d’atteindre l’égalité des genre dans chaque secteur de travail, que ça soit le secteur culturel, artistique, économique, politique, ou autre.

Alors, croyez-vous qu’il y a une amélioration de la représentation des femmes dans les secteurs artistiques, ou continuons-nous réellement, en 2018, à vivre une inégalité notable dans tous les domaines?