Pro Tem is the Bilingual Newspaper of Glendon College. Founded in 1962, it is York University’s oldest student-run publication, and Ontario’s first bilingual newspaper. All content is produced and edited by students, for students.

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Pro Tem est le journal bilingue du Collège Glendon. Ayant été fondé en 1962, nous sommes la publication la plus ancienne de l’Université York ainsi que le premier journal bilingue en Ontario. Tout le contenu est produit et édité par les étudiants, pour les étudiants.

De plus en plus bas: La ville du Pont des Soupirs

De plus en plus bas: La ville du Pont des Soupirs

 Photo: Gabriella Giordan

Photo: Gabriella Giordan

Venise : la capitale de la région italienne de la Vénétie, et une ville riche en histoire, en vie culturelle, en traditions. La ville du grand compositeur Antonio Vivaldi, où chaque coin est caractéristique de l'architecture qui mêle accents tantôt byzantins, tantôt ottomans, est en danger. Les merveilles qui font de Venise l’objet de milliers de visites touristiques par jour ne peuvent la sauver des menaces auxquelles elle fait face. La combinaison de facteurs environnementaux et socio-politiques l’endommage progressivement, un Soupir à la fois.

Au cours du siècle dernier, Venise s'est enfoncée de 23 cm. Elle continue de s’enfoncer, de 1 à 2 mm par an. Le niveau de la lagune, de son côté, monte de 2 mm par an. La rupture de l’équilibre de l’eau douce et de l’eau de mer, la haute teneur en sel de l'eau, la présence de bateaux motorisés et la pollution ont causé et continuent de causer l’« acqua alta », le phénomène qui se produit lorsque la marée dans l'Adriatique monte et cause une inondation, ainsi que les fortes marées, ou Moto Ondoso.

La quantité et la circulation des bateaux motorisés qui naviguent dans la lagune vénitienne, grands et petits confondus, s’avère un autre obstacle. Entre 1997 et 2012, le nombre de bateaux de croisière à Venise est passé de 206 à 661. Les bateaux font perdre à la lagune entre 750 000 et 1 million de tonnes de sédiments par année et amplifient le Moto Ondoso par la grande quantité d’eau qu’ils déplacent à chaque passage. Ils relâchent également des quantités énormes de fumée, et ce, à cause du fioul lourd qui leur sert de combustible. Le gouvernement italien a fixé la limite de poids d’un bateau traversant Venise à 40 000 tonnes. Pourtant, les autorités portuaires continuent de soutenir que les bateaux de croisière ne nuisent aucunement à la sécurité. De plus, malgré le fait que les bateaux à moteur aient à respecter des limites de vitesse, ils ne le font pas toujours. Par le passé, plusieurs manifestations anti-paquebots ont eu lieu de la part des Vénitiens dans le but de diminuer de manière notable le nombre de bateaux de croisière, en vain.

Afin de résoudre le problème d’ « acqua alta », le gouvernement Berlusconi a lancé, le 6 décembre 2001, le projet MOSE (Module expérimental électromagnétique), lequel date originellement des années 80, et dont les travaux ont débuté en 2003. Cet immense projet consiste en la construction de digues mobiles afin d’éviter que les marées inondent Venise. Les digues sont installées au fond de la lagune et serviront, lorsque le projet sera terminé cette année, à bloquer les eaux en s’élevant, si la marée dépasse 110 cm.

Sauf que MOSE présente plus d’enjeux qu’autre chose. Il coûte aux environs de 6 milliards d'euros en tout, soit trois fois plus que prévu. Il existe énormément de controverse opposant les Vénitiens aux leaders politiques qui soutiennent le projet MOSE, notamment Giorgio Orsoni, l’ancien maire démocrate de Venise. En juin 2014, 35 personnes, dont Orsoni, soupçonnées de corruption, de trafic d'influence et de blanchiment en rapport à MOSE, ont été arrêtées. En effet, Orsoni avait financé sa campagne en 2010 en partie grâce à 400 000 euros provenant du budget de MOSE. Ce scandale a suscité l’indignation de la part de la population vénitienne.

Un autre aspect notable est le nombre extrêmement élevé de touristes qui visitent Venise chaque jour. La ville de Venise est petite et servait originellement de refuge aux populations de l’empire romain établis dans la région, lorsqu’elles fuyaient les invasions lombardes vers la fin du VIe siècle. Aujourd’hui, la petite île flottante est victime de sa propre              beauté : quelque 100 000 touristes viennent à Venise chaque jour, soit 40 000 personnes de plus que le nombre de personnes qui y habitent déjà. Les touristes sont plus nombreux que les habitants, une réalité très différente et présentant plus de danger qu’il y a quelques siècles.

Venise se voit affectée par des facteurs majoritairement externes et humains. Issue en tant que solution et lieu de cachette, elle est aujourd’hui malgré elle un lieu touristique fragile. De nombreuses menaces environnementales, la plus inquiétante étant la circulation de bateaux motorisés, rendent la petite ville vulnérable et augmentent les risques qu’elle s’enfonce encore plus, et ce, dans une lagune 60% moins transparente qu’il y a quelques décennies. Tout ce qui a rapport au projet MOSE, y compris le scandale suscité par Orsoni en 2014, coûte cher au gouvernement et aux citoyens Vénitiens. Le chiffre important de touristes à Venise met en péril la ville dans un contexte environnemental, politique et culturel à la fois. La Venise d’autrefois refera-t-elle jamais surface?

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