Pro Tem is the Bilingual Newspaper of Glendon College. Founded in 1962, it is York University’s oldest student-run publication, and Ontario’s first bilingual newspaper. All content is produced and edited by students, for students.

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Pro Tem est le journal bilingue du Collège Glendon. Ayant été fondé en 1962, nous sommes la publication la plus ancienne de l’Université York ainsi que le premier journal bilingue en Ontario. Tout le contenu est produit et édité par les étudiants, pour les étudiants.

Paul

Une rue montréalaise, cinq heures de l’après-midi. Des voitures roulaient à toute allure et des piétons marchaient à la hâte pour rentrer chez eux. Un chien, en promenade avec sa vieille maîtresse Amélie, fut emporté par sa curiosité au moment où un oiseau se pointa sur la rue, en essayant d’attraper ledit oiseau. Les voitures accélérèrent. Mort.

            À cet instant, tout bascula dans la tête d’Amélie. Tout était flou. Les voitures s’arrêtèrent autour du chien. Alarmés à la vue désolante du chien écrasé, les passants s’approchèrent d’Amélie. Elle entendait leurs voix, mais de manière très incohérente, comme s’ils étaient très loin d’elle, alors qu’ils étaient à ses côtés, essayant de la tirer de son choc et de son incompréhension.

            Elle n’osait pas regarder le cadavre, fixant plutôt son regard dans le grand vide qui s’offrait sous ses yeux et qui commençait à se former aussi dans son cœur. Elle s’aperçut à peine qu’on lui parlait, qu’on emportait son chien, qu’on l’emmenait ailleurs. Elle s’aperçut à peine qu’elle était sur le point de perdre conscience.

            La vieille dame reprit conscience quelques heures plus tard à l’Hôpital général de Montréal. Quand elle ouvrit les yeux, elle aperçut un jeune homme qui semblait soulagé de son réveil. Ses yeux étaient d’un bleu électrique.

            Il la fixa droit dans les yeux et lui demanda :

            –  Comment s’appelait-il?

            –  Paul.

            –  Un drôle de nom pour un chien.

            –  C’était le nom de mon fils.

            Le médecin se tut. La dame avait répondu sans cligner des yeux, sans émotion.

            Amélie resta en observation pendant la nuit et on la laissa partir le lendemain à midi, avec la nouvelle qu’on lui ramènerait ce qu’il restait de son chien pour qu’elle puisse l’enterrer.

Les jours suivants s’écoulaient très lentement. Elle passa les cinq prochaines années dans l’obscurité, ne sortant presque jamais de chez elle, à part pour aller acheter le minimum nécessaire pour ne pas mourir de faim. Elle devint de plus en plus grise et tourmentée par la tristesse qu’elle éprouvait. De temps en temps, elle regardait par la fenêtre pour voir si les deux tombes, celle de son mari et de Paul, étaient toujours là. Et elles l’étaient. Ils étaient là.

            Un jour, on cogna à sa porte. Amélie, qui vivait seule depuis désormais vingt-six ans, ne fit d’abord aucun mouvement pour aller ouvrir la porte. On cogna plus fort, avec plus d’insistance. Finalement, anxieuse et paniquée, mais tout de même curieuse, Amélie se leva pour ouvrir la porte.

            Elle vit un grand homme robuste, aux cheveux presque gris, dont le visage commençait à être ridé malgré le fait qu’il n’avait qu’environ quarante ans. Ses grands yeux d’un bleu électrique lui semblèrent tout d’un coup très familiers, mais aucun des deux ne disait un mot.

            Après quelques minutes de silence, il parla.

            – C’est moi, maman.

            C’était Paul. Il était revenu, sans être jamais vraiment parti.   


Why Affirmative Action is Right

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