Pro Tem is the Bilingual Newspaper of Glendon College. Founded in 1962, it is York University’s oldest student-run publication, and Ontario’s first bilingual newspaper. All content is produced and edited by students, for students.

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Pro Tem est le journal bilingue du Collège Glendon. Ayant été fondé en 1962, nous sommes la publication la plus ancienne de l’Université York ainsi que le premier journal bilingue en Ontario. Tout le contenu est produit et édité par les étudiants, pour les étudiants.

Reprendre ses études à plus de 30 ans, en français et à Toronto: c’est possible!

Reprendre ses études à plus de 30 ans, en français et à Toronto: c’est possible!

Après avoir suivi des études supérieures en France, qui ne m’ont jamais servie, et abandonné en cours de route des études à l’Université du Québec à Montréal, j’ai finalement repris mes études à trente-deux ans passés à Toronto. Là où certains auraient pu voir des échecs ou des mauvais choix, j’y ai vu une expérience de vie extraordinaire et la preuve que le Canada offre, à qui sait bien regarder, des occasions exceptionnelles qui n’ont de limites que celles qu’on s’impose à nous-mêmes.

            L’air était tiède et murmurait à qui voulait bien l’entendre la promesse d’un défi indéfini. C’était le 8 juin 2006, je débarquais à Montréal avec deux valises contenant un visa temporaire, une envie de découverte et surtout aucun projet précis. Je venais de terminer d’étudier dans une école d’audiovisuel en France, je voulais faire le point, mais par où commencer ? Pas besoin de réponse.

C’était ça, le Canada, il y a plus de douze ans. Avant la crise économique de 2008, avant les documentaires à foison ventant les promesses d’un Eldorado à saveur d’érable. C’était l’inconnu, les possibilités infinies, aussi vastes que les terres canadiennes elles-mêmes. Je faisais partie de cette vague d’immigrants qui n’attendait rien de précis, qui voulait simplement se laisser porter par l’énergie particulière de ce pays. Le Canada, c’est doux et chaud comme les feuilles jaunies par l’été indien. On a envie de jouer dedans comme un enfant. Le reste, seul le temps le moulerait comme un sculpteur taille la pierre.

            Les emplois se sont enchaînés comme des petits pas de danse. Le temps s’est noué plus vite qu’un lacet de chaussure. Un matin, on réalise — je réalise — après des années à traîner des pieds, seulement heureuse de me laisser porter par le bitume, que j’aspire à plus professionnellement. Et justement, ce « plus », le Canada peut me l’offrir.

            À vingt-huit ans, j’ai décidé de reprendre mes études à l’université. Je me suis inscrite à l’UQAM pour obtenir un certificat en rédaction et composition françaises. En suivant quelques cours du soir en parallèle du travail à temps plein, ça prendra quelques années. C’était un bon début, un projet réalisable. Les journées étaient longues entre le travail et les cours du soir, mais les belles perspectives professionnelles qui s’offriraient un jour à moi grâce à ce diplôme me motivaient plus qu’une cure de vitamines.

            La vie est joueuse. Je le sais, tu le sais, tout le monde le sait. Alors, quand une opportunité de carrière a emporté mon amoureux à Toronto, en 2015, j’ai fait de nouveau les valises. J’ai laissé ma « job », j’ai arrêté l’université et j’ai entamé ce que j’appelle ma seconde immigration : je me suis installée à Toronto. Déménager de Montréal à Toronto, c’est comme tout recommencer à zéro. Il y avait le défi linguistique, pour la première fois le sentiment d’être en minorité, et les nouveaux défis personnels et professionnels qui s’enlaçaient dans une étreinte parfois étouffante, mais ô combien étonnante. L’avantage ici, c’est que lorsqu’on se débrouille en anglais et que l’on parle français, on peut facilement trouver un emploi. Et puis les années ont passé, les opportunités se sont enchaînées.

            J’ai réussi à trouver un emploi dans mon domaine de prédilection, celui qui avait été mon premier rêve de petite fille et dans lequel j’avais eu l’opportunité d’affûter ma plume ici et là : l’écriture.

            Mais l’expérience, le diplôme, c’est essentiel. Il y a des barrages qui ne peuvent être franchis qu’à coup de grands moyens. Il me manquait le diplôme pour crédibiliser ma carrière et surtout, m’ouvrir d’autres possibilités pour le futur.

            Alors, à 32 ans, j’ai décidé de retourner à l’université à Toronto. Caché au fond d’un petit bois, le campus Glendon, offre justement un Baccalauréat en Études françaises.

            Voilà où j’en suis aujourd’hui : j’étudie à Glendon ET je travaille à temps plein. Ça demande beaucoup d’énergie, c’est passionnant aussi. Je suis une « étudiante mature » ; je me sens pourtant loin d’avoir l’âge canonique. J’ai ce sentiment d’être à ma place, là où je devais être.

            Est-ce que cela aurait été plus simple de faire mon bac à vingt ans ? Soyons honnêtes : oui. On ne peut pas changer le passé, mais on a la chance de pouvoir influer sur l’avenir. Pour rien au monde je ne changerai mes choix ni ma vie, car ils m’ont conduit où je suis aujourd’hui. Alors, plutôt que de me dire que j’aurais dû faire ce choix dix ans trop tard, je me dis que j’ai la chance de pouvoir faire ce choix encore aujourd’hui. La frontière entre regret ou satisfaction est mince, tout est une question de point de vue.

            Les Grecs n’avaient-ils pas comme proverbe le suivant : « Goutte après goutte l’eau finit par creuser le marbre » ? Si toi aussi tu veux te lancer dans une nouvelle aventure universitaire, que tu aies trente, quarante ou cinquante ans, sache qu’il n’y a pas d’âge idéal. Il n’y a que la volonté tenace, celle qui te fait pousser des ailes et surtout ouvrir les portes de tes rêves sur le point de devenir réalités. Parce qu’il ne faut pas l’oublier, le Canada, c’est ça : des possibilités à saisir, qui s’offrent à nous à tout moment. Une occasion manquée ? Pas de quoi culpabiliser, une autre se présentera bientôt à toi. Qu’attends-tu ? Tends les bras et saisis-la.


Letter of Resignation

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