Pro Tem is the Bilingual Newspaper of Glendon College. Founded in 1962, it is York University’s oldest student-run publication, and Ontario’s first bilingual newspaper. All content is produced and edited by students, for students.

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Pro Tem est le journal bilingue du Collège Glendon. Ayant été fondé en 1962, nous sommes la publication la plus ancienne de l’Université York ainsi que le premier journal bilingue en Ontario. Tout le contenu est produit et édité par les étudiants, pour les étudiants.

Secret

Secret

Je monte dans l’autobus, tapant ma main au détecteur. Mon regard croise celui d’une des caméras omniprésentes. « Qu’est-ce que vous faites là? » Une voix familière surgit de la masse de visages flous et quasi identiques qui tangue au rythme des accélérations et décélérations du véhicule. Une musique cinglante conçue pour décourager les conversations pollue l’air. En contrôlant ma respiration et mon expression, je regarde ma montre pour vérifier l’heure et donner un air de vraisemblance à ma réponse.  « Allo, Jeanne! Je… Je me rends à un rendez-vous dentaire. » Quelle audace. Commencer une conversation parmi des étrangers qui peuvent être en train d’écouter pour une information, pour n’importe quel détail attirant — ce n’est pas seulement une action audacieuse et impolie, mais aussi dangereuse.

Arrivé chez moi, je monte dans ma chambre avec dépêchement. Je tire les rideaux pour avoir un moment bref de calme, de noirceur enveloppante. C’est ma coquille. Je pense encore à la conversation brève de plus tôt. Est-ce qu’elle sait ? Impossible. Pourtant, elle a osé pénétrer ma bulle pour dire autre chose qu’un « pardon » ou « à tes souhaits ». N’importe, il faut maintenant se concentrer sur la tâche qui me pèse sur l’esprit depuis des années. Je me mets à genoux pour prier la bienfaisance de n’importe quelle énergie ou esprit cosmique responsable du destin des êtres mortels et désespérés comme moi. Je n’ai jamais été religieux—l’idée d’un Dieu personnel, qui connaît toutes mes pensées, mes volontés, mes tentations… m’effraie. Lorsque j’entends parler des cieux, ou d’un gardien de la vie après la mort, j’imagine qu’une liste de toutes mes transgressions sera lue jusqu’à ce que je sois nié à l’entrée et que je tombe dans Hadès.

Il est presque temps. J’ai décidé. Mon journal, gisant sur le bureau, attire mon attention. Ce n’est pas ma coutume de laisser mes affaires ou ma vie privée exposée. Je m’assoie pour relire ce que j’ai écrit hier soir dans une période d’ivresse. Je déchiffre quelque chose d’encourageant dans les pattes de mouches.   

Je descends les escaliers. J’entends mon pouls frénétique dans les oreilles et la sueur colle ma chemise à mon dos. Mon père, dans sa sénescence, lève ses yeux du journal pour me regarder d’au-dessus ses lunettes. La voix grinçante de ma mère commence son harcèlement chronique.

—      Où étais-tu hier soir ? Tu es un homme mais parfois on dirait que tu régresses au comportement adolescent.

Je vois rouge, mais je m’efforce à garder le calme. C’est toujours la même chose avec elle et j’ai toujours excellé au contrôle de soi des émotions. Je me rappelle vivement du bar, de la chair exposée.

—      J’ai quelque chose à vous dire.

Je me rappelle la formule de communication assertive que j’ai trouvé en ligne et répété plusieurs fois dans mon journal.

—      Je sais que vous croyez que vous me connaissez, mais j’ai un sentiment permanent d’être une fraude. Vous ne me connaissez pas. J’aime les hommes, m’man.

—      Et bien ? Tu crois que c’est une nouvelle ? Assis-toi et mange ton souper.

Son ton est impatient, mais infusé d’une note d’amusement.

La première chose que je ressens est la chaleur de la honte sur mon visage, mais une vague de soulagement m’envahit rapidement et je laisse échapper un gémissement. À l’âge de 34 ans, je me sens exonéré, digne, et honnête pour la une fois. C’est le début de ma vie sans façade.


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